Fondation et développement au Moyen Âge
La première mention du nom « Amsterdam » dans les documents historiques remonte à un acte de Florent V,
comte de
Hollande de 1256 à 1296. Le document, baptisé « Exemption de taxes d'Amsterdam » (Tolprivilege van
Amsterdam) et
daté du 27 octobre 1275 dispense les quelques centaines d'habitants du « Barrage sur l'Amstel » du paiement
des
taxes sur le commerce de leurs produits à l'intérieur du comté de Hollande et sur leur pont-barrage sur
l'Amstel, construit vers 1270. Ces habitants sont désignés en latin en tant qu'« homines manentes apud
Amestelledamme (littéralement, les personnes vivant près du barrage de l'Amstel). En l'espace de quelques
années, ce mot évolue sous sa forme quasi finale d'Aemsterdam, comme en attestent des écrits de 1327. À
cette
époque, Amsterdam n'est rien de plus qu'un village de pêcheurs rattaché à l'évêché d'Utrecht. Cette
exemption de
péage donne alors un avantage compétitif aux Amstellodamois pour le commerce extérieur et permet à Amsterdam
de
devenir la première place commerciale de Hollande, et de poser les bases de sa richesse et de sa puissance
futures.
Le bourg d'Amsterdam obtient le statut de ville en 1300 ou 1306, probablement par l'évêque d'Utrecht, Gui
d'Avesnes, et devient une importante place commerciale au XIVe siècle, grâce à son port qui se développe sur
le
Damrak, en aval du barrage originel. Le commerce, notamment avec l'Inde, reste toutefois dominé, dans un
premier
temps, par le port d'Anvers, confinant Amsterdam à commercer principalement avec les villes de la Ligue
hanséatique.
Capitale du siècle d'or (1584-1702)
Le XVIIe siècle est considéré comme l'âge d'or d'Amsterdam car elle devient à cette époque la ville la plus riche du monde. La reprise d'Anvers par les Espagnols en 1585, qui voit les bouches de l'Escaut bloquées par les Provinces-Unies se traduit par un afflux massif de bourgeois protestants qui apportent savoir-faire et capitaux. Amsterdam est alors au cœur d'un réseau mondial de commerce maritime avec les pays de la mer Baltique, l'Afrique, l'Amérique du Nord, le Brésil ou encore les Indes orientales. C'est ainsi que les marchands amstellodamois possèdent la majorité des actions de la première grande multinationale de l’Histoire, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, créée en 1602, mais également de sa rivale, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (1621). Ces deux sociétés ont fait l'acquisition de plusieurs territoires outremer, par la suite devenus des colonies néerlandaises. Les bateaux revenant d'Indonésie chargés de précieuses épices font la richesse de la ville. Amsterdam rayonne à cette époque à travers toute l'Europe, tant au niveau artistique avec Rembrandt et Vermeer, que financier avec la création d'une « banque de change » initialement censée faciliter les échanges de monnaie, mais qui devient rapidement un pourvoyeur de fonds pour les particuliers et les entreprises, ainsi que de la première bourse de valeurs au monde en 1611. C'est également le cas en génie civil, avec la construction des célèbres canaux ou de l'hôtel de ville, achevé en 1655 sous la supervision de l'architecte Jacob van Campen, considéré par les Amstellodamois comme la huitième merveille du monde.
Du déclin à la modernisation (XVIIIe et XIXe siècles)
Après l'hégémonie du siècle d'or, le XVIIIe siècle voit le déclin de la prospérité de la ville. Les guerres
contre la France (entre 1672 et 1713) et la guerre de Succession d'Autriche entraînent le développement
d'une
dette très importante, atteignant 767 millions de florins en 1795, dont 450 rien que pour la Hollande. Les
Néerlandais, qui étaient les principaux transporteurs des marchandises de l'Europe, voient leurs clients et
leurs fournisseurs créer leurs propres flottes de commerce et passer de moins en moins par leur
intermédiaire.
Les Actes de navigation, votés en Angleterre à partir de 1651, interdisent l'accès aux ports et colonies
britanniques pour les pavillons des autres nations. Ces dispositions visent particulièrement les
Provinces-Unies.
Une autre cause du déclin de la puissance commerciale néerlandaise est l'obsolescence progressive de ses
techniques. Le développement d'un vaste marché en Europe de l'Ouest rend nécessaire la construction de
navires
d'un plus fort tonnage, afin de transporter davantage de marchandises. Si les chantiers navals néerlandais
lancent des navires plus importants au XVIIIe siècle qu'au XVIIe siècle, ceux-ci sont pourtant dépassés par
ceux
de leurs concurrents, tant pour ce qui est de la taille que du niveau technique. Les retards accumulés par
les
Néerlandais ont également pour conséquence un ensablement des chenaux des ports de commerce, à commencer par
ceux du Pampus et du Marsdiep qui permettent d'accéder à Amsterdam. Dans les années 1770, quarante jours
sont
nécessaires pour que le navire de la Compagnie des Indes orientales De Vrijheid puisse accoster à Amsterdam.
La
place est affectée, par ricochet, par la terrible Famine au Bengale de 1770, dans la zone conquise par les
Anglais en Inde, déclenchant une grave crise financière en 1772 et provoquant une série de faillites en
Europe,
dont celle de la Banque Clifford d'Amsterdam et de ses alliés.
Retour progressif au premier plan
Avec l'explosion de naissances durant plusieurs décennies, liée à un renouvellement des échanges, à
l'émergence d'industries nouvelles et à l'apparition de nouvelles activités comme les services financiers,
la population connaît une forte croissance, passant de 202 000 habitants en 1830 à 520 000 en 1900. La ville
n'est pas préparée à une telle augmentation, et se retrouve surpeuplée. Alors que les conditions de vie des
classes les plus défavorisées de la population deviennent de plus en plus difficiles, les premières
initiatives philanthropiques font leur apparition, notamment pour améliorer les conditions de logement et
d'hygiène des ouvriers. Le médecin Samuel Sarphati en devient l'une des principales figures ; il joue un
rôle important dans la création d'un système de gestion des déchets et, en 1847, obtient l'autorisation de
collecter les ordures au travers d'une nouvelle entreprise, baptisée Maatschappij ter bevordering van
Landbouw en Landontginning. Cette dernière a pour objectif de collecter les déchets mais pas de nettoyer les
rues, que leur insalubrité rend parfois impraticables. En 1852, il crée la Vereeniging voor Volksvlijt dans
le but de promouvoir le commerce, l'industrie et l'agriculture, ce qui conduit notamment à la construction
du Paleis voor Volksvlijt (traduisible en français par « Palais pour la diligence populaire »). En 1855, il
fonde la « Société de fabrication de farine et de pain » (Maatschappij voor Meel- en Broodfabrieken) qui
propose du pain à un prix 30 % inférieur à celui des boulangeries. Toutes ces initiatives contribuent à
l'amélioration des conditions de vie dans la ville, notables à partir de 1870. En dépit de la dégradation
des conditions de vie, la ville prospère à nouveau économiquement, et de plus en plus de gens déménagent
vers la capitale pour y tenter leur chance.
La très forte industrialisation à partir des années 1860 marque une nouvelle période d'expansion avec la
création de nombreuses constructions et infrastructures. À cette époque sont construits deux musées, d'abord
un édifice entièrement nouveau pour le Rijksmuseum (1885), puis le Stedelijk Museum (1895), mais aussi la
salle de concert du Concertgebouw (1888) et la gare centrale d'Amsterdam (1889). À la même période, une
ligne de défense est édifiée autour d'Amsterdam, sous la forme d'un réseau unique de quarante-deux forts et
de terres inondables, afin de défendre la ville contre des attaques. Pour répondre à l'arrivée massive de
travailleurs, des centaines de logements ouvriers sont construits dans de nouveaux quartiers périphériques
constituant le 19e-eeuwse-gordel (« ceinture du XIXe siècle »), pendant populaire du Grachtengordel. Ces
quartiers, parmi lesquels figurent De Pijp, le Kinkerbuurt et le Dapperbuurt, sont principalement financés
par des banquiers et des spéculateurs et constituent la première expansion majeure de la ville en dehors des
frontières adoptées au XVIIe siècle. Alors qu'ils concentrent essentiellement des classes moyennes
inférieures, les classes les plus pauvres s'installent dans le Jordaan et dans les Oostelijke Eilanden.
L'émergence de ces quartiers populaires contribue au fort développement du socialisme dans les années 1880
et 1890, lorsque de vives tensions avec les autorités émergent à un rythme quasi hebdomadaire, notamment
lors de la manifestation du Palingoproer, pendant laquelle 25 manifestants sont tués par l'armée. Les années
1890 sont notamment marquées par la création de syndicats par les employés du port de la ville, désireux
d'améliorer leurs conditions de travail.
Permanences, reconstruction et renouveau (XXe siècle)
Peu avant la Première Guerre mondiale, Amsterdam s'étend avec le Plan Zuid de H. P. Berlage en 1915. Malgré
la neutralité des Pays-Bas, la ville subit des pénuries alimentaires, déclenchant les émeutes de la
"rébellion de la pomme de terre" en 1917. L'entre-deux-guerres voit l'approbation du Plan général
d'élargissement (AUP) en 1935, axé sur l'habitat, le travail, le loisir et le transport, mais sa réalisation
est retardée par les difficultés économiques.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne envahit les Pays-Bas en 1940. Plus de 100 000 Juifs
d'Amsterdam sont déportés, malgré les tentatives de résistance. La grève de février 1941 paralyse la ville.
Anne Frank, cachée pendant 25 mois, est déportée à Bergen-Belsen. À la fin de la guerre, la ville souffre de
pénuries extrêmes, obligeant les habitants à manger des animaux domestiques et des bulbes de tulipes.
Après la guerre, de nouveaux quartiers comme Osdorp et Slotervaart sont construits selon l'AUP, avec des
jardins publics et des espaces ouverts. La ville est restaurée et rénovée, avec des projets visant à
dynamiser des parties importantes de la ville, incluant des immeubles commerciaux et de nouveaux axes
routiers.
Émergence d'une ville contemporaine
Dans les années 1960 et 1970, Amsterdam devient un centre de tolérance et d'innovation sociale, attirant la
génération hippie et jouant un rôle central dans le mouvement contestataire Provo. Cependant, cette période
est marquée par des émeutes et des affrontements avec la police, notamment lors du mariage de la princesse
Béatrix en 1966 et des émeutes du couronnement en 1980.
Un projet de voie express au-dessus du métro et des rénovations dans les anciens quartiers juifs provoquent
des tensions, culminant avec les émeutes de Nieuwmarkt. Finalement, l'autoroute n'est pas construite, mais
le métro est inauguré en 1977. La nouvelle mairie est inaugurée sur la Waterlooplein, et des entreprises
privées comme Stadsherstel Amsterdam sont créées pour réhabiliter le centre-ville. En 2010, le quartier du
Grachtengordel est ajouté à la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Au début du XXIe siècle, Amsterdam fait face à des problèmes sociaux tels que la sécurité et la
discrimination ethnique. La ville reste tolérante et diversifiée, avec une politique de dialogue social
menée par Job Cohen et Ahmed Aboutaleb. Amsterdam s'affirme comme une capitale culturelle avec de nombreux
musées rénovés et de nouveaux quartiers comme IJburg et l'Amsterdam Science Park. Des initiatives pour la
piétonisation du centre-ville sont envisagées pour les années 2020.